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Omnia vanitas

Méthodologie (2) : L'explication de texte

19 Avril 2018 , Rédigé par Tristan de Lupalbus Publié dans #Annexes

1/ L’explication de texte

 

En quoi consiste une explication de texte ?

Le terme d’explication est d’une évidence trompeuse. Souvent, les étudiants se contentent de répéter ce que dit le texte, ce qui n’est qu’une paraphrase et non une explication. Ce défaut repose sur une mauvaise compréhension de l’exercice proposé : la paraphrase suppose que l’explication se résume à restituer un contenu de manière accessible et plus claire. Ce n’est pas le cas : une explication de texte, ce n’est pas balayer les obscurités de la langue philosophique afin de déchiffrer un quelconque message que l’auteur aurait caché. Il ne s’agit pas d’une traduction langage philosophique/langage courant.

Cette remarque est d’autant plus importante que nombre de phrases très simples s’avèrent particulièrement difficiles à expliquer : quand Descartes dit « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée », la paraphrase ne nous apprendrait rien de plus que ce qui est directement énoncé. Est-ce à dire qu’une telle phrase doive se passer de toute explication ?

 

þ La paraphrase n’est acceptable qu’au brouillon, afin d’éclaircir les difficultés du texte. En revanche, une explication ne doit jamais se borner à n’être qu’une paraphrase.

 

Si une explication se distingue d’une paraphrase, en quoi consiste une explication ? Expliquer, c’est mettre en évidence ce qui demeure à l’état de présupposition. Tout le problème tient à savoir ce qui est implicite dans un texte et qui doit être soulevé par l’explication.

 

Première étape : Les éléments constituants d’un texte

 

L’objet du texte : Le thème dominant, celui qui est abordé par l’auteur. L’objet, c’est ce dont un texte parle. En général, repérer l’objet du texte ne pose guère problème. La paraphrase s’en tient le plus souvent à ce premier niveau de lecture. Repérer l’objet du texte est donc nécessaire, mais encore insuffisant.

 

La thèse : C’est ce que l’auteur soutient à propos du thème qu’il aborde, sa prise de position. Le sens d’un texte est autant déterminé par son thème que par ce que l’auteur souhaite démontrer. Un texte peut soutenir plusieurs thèses différentes, il est donc important d’y prêter attention et de les distinguer quand cela est nécessaire.

 

Le problème : Certes, nous savons de quoi le texte parle et ce que l’auteur dit à son sujet. Mais quelle est la raison pour laquelle l’auteur pose un tel problème ? Le problème d’un texte, c’est la raison pour laquelle il est nécessaire de soutenir une telle thèse sur un tel sujet. A quelle question la thèse répond-elle ? Quand on soutient une idée, une opinion, quand on prend parti, cela fait toujours suite à un problème cerné avec exactitude. Il faut donc toujours savoir quelle est la difficulté que l’auteur souhaite résoudre avec l’idée qu’il formule. Dépourvue de sa dimension problématique, toute thèse n’apparaît que comme un dogmatisme sommaire.

 

Les enjeux : Ce sont les motivations rendant nécessaire et légitime le problème abordé. Rechercher les enjeux d’un texte, c’est chercher à savoir en quoi ce texte est nécessaire à l’élaboration du problème proposé. En quoi ce texte est unique et original. Une explication de texte doit toujours chercher à justifier la production d’un texte.

 

Deuxième étape : La lecture du texte

 

La lecture d’un texte repose sur des principes de méthode qu’il est nécessaire d’acquérir.

  1. Lecture thématique : saisie globale du sens immédiat du texte
  2. Lecture plus précise : saisie des énoncés fondamentaux du texte, lesquels devront être hiérarchisés afin de dégager la thèse générale du texte. Ici, il convient d’être attentif au détail du texte. Mise en évidence du problème, dont la thèse est la solution.
  3. Lecture notionnelle : cette lecture est faite pour repérer les notions qui posent problème, qu’il faut définir et étudier.
  4. Lecture de l’argument : fonction de chaque élément argumentatif ; structure argumentative du texte (relations logiques) ; enjeux…

 

Troisième étape : La rédaction de l’explication de texte

 

A/ L’introduction

 

Une introduction doit aller à l’essentiel, mais il lui incombe une double fonction qu’elle doit honorer : la justification du caractère philosophique du problème étudié (montrer en quoi le problème n’a rien d’arbitraire ; la présentation sommaire de la structure argumentative (thème, problème, situation, thèse, enjeux). En outre, chaque moment de l’argumentation doit être exposé selon la fonction qu’il occupe dans l’argumentation. Il faut énoncer ce que fait l’auteur avant d’exposer ce qu’il dit. Pour trouver les articulation logiques d’un texte, il est utile de s’aider des connecteurs logiques (mais, donc, par conséquent, ainsi, néanmoins…).

 

B/ Le développement

 

A chaque partie de l’explication, il convient de présenter le statut et la fonction du passage que l’on va expliquer. Chaque segment de l’explication doit comporter une synthèse permettant de préciser ce qui s’est dégagé de l’explication puis de mesurer ce qui fait défaut pour comprendre un texte. Un tel procédé a pour mérite de permettre au lecteur de saisir la nécessité de la progression de votre explication en établissant un lien entre les différentes parties d’un texte.

Une place importante doit être accordée à la définition des notions centrales ainsi qu’à la saisie du sens proprement philosophique des concepts. Un tel travail constitue le préalable nécessaire à toute interprétation du sens global d’un texte. Pour ce faire, il est utile de procéder à des distinctions et des oppositions. Toute négation, étant une forme de détermination, savoir de quoi ne parle pas un auteur, c’est déjà saisir par contraste ce dont il est question. Il est toujours utile de déterminer le domaine (esthétique, logique, politique…) auquel le texte appartient.

 

C/ La conclusion

 

La conclusion doit être concise et comporter deux versants : un bilan et une évocation des problèmes qui restent pendants dans le texte. L’important est de rassembler l’ensemble de ce qui a été dit dans un bilan concis et clair.

 

Conseil n°1 : La paraphrase est réservée pour le brouillon

L’objet du texte n’est pas le tout du texte. La paraphrase voudrait nous faire croire qu’il suffit de traduire un texte philosophique en mots usuels pour l’expliquer, mais ce serait méconnaître la thèse, le problème et les enjeux, dimensions primordiales d’un texte.

 

Conseil n°2 : Repérer les connecteurs logiques

Il est utile de les repérer afin de cerner le statut du passage étudié dans le texte.

Addition : aussi, de plus, en outre

Alternative : ou bien … ou bien ; soit … soit

But : afin que, pour que, de sorte que

Cause : Car, puisque, parce que, étant donné que

Comparaison : de même que, autant que, comme si

Conclusion : ainsi, donc, en somme

Conséquence : alors, si bien que, aussi + verbe

Explication : à savoir, c’est-à-dire

Illustration : notamment, comme, par exemple

Justification : c’est ainsi que, du fait de, car

Opposition : cependant, en revanche, en dépit de, néanmoins, au contraire

Restriction : Hormis, excepté, uniquement, simplement, à défaut de…

 

Conseil n°3 : Expliquer par son contraire

Il est toujours utile de faire ressortir le contenu d’une position philosophique, d’une proposition en lui opposant son contraire. En montrant ce qu’elle ne dit pas, il est souvent plus aisé de déterminer ce qu’elle dit. Toute thèse vaut autant pour elle-même que par ce à quoi elle s’oppose.

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